Interview / "Au Japon, le papier se suffit à lui-même"

André Durand, papetier au Moulin de Brousses dans l'Aude, cultive depuis 25 ans le fameux kôzo, le mûrier à papier japonais. Il se lance maintenant dans la fabrication de papier japonais.

En plus de ses nombreuses activités, le Moulin se lance dans le papier japonais. L’année dernière, une salariée du Moulin est partie au Japon pour découvrir les techniques des papetiers nippons.

De son côté, André Durand, papetier au Moulin, cultive depuis 25 ans le fameux kôzo, le mûrier à papier japonais. Il s’est lancé dans la récolte de l’écorce des mûriers et s’apprête à démarrer les papiers asiatiques. Un souhait vieux de 25 ans qui va enfin se réaliser, explique-t-il.

Vous êtes allé au Japon apprendre les techniques des papetiers ?

Nous avons été au Japon il y a 3 ans, à l’université des beaux-arts de Nagoya où exerce un grand professeur. Il nous a emmenés dans les montagnes où nous avons pu observer des papetiers fabriquer du papier selon des méthodes ancestrales.

Quelle est la spécificité des papiers japonais ?

Le papier japonais en lui-même n’est pas de la matière. Ici, nous fabriquons de la matière. On nous demande à quoi sert notre papier. Au Japon, on ne demande pas à quoi sert le papier. Le papier se suffit à lui-même. C’est le Kami, c’est-à-dire la divinité.

Il y’a une différence d’approche. Ici, nous montrons des gestes et nous rectifions les gestes des personnes qui apprennent à faire du papier. Au Japon, les papetiers nous apprennent à regarder et à faire. Et comme la divinité est en nous, elle doit sortir toute seule… Cela représente des années de travail et d’apprentissage.

Par exemple, la récolte des écorces du mûrier à papier représente des mois de travail de préparation de cette écorce. C’est une autre philosophie de vie, et un autre type de papier.

Quand on l’a dans les mains, on sent la différence ?

On retrouve une transparence, une finesse, et surtout une solidité et une rigidité incroyable. C’est la racine d’hibiscus trempée pendant des mois et écrasée qui est à la base de ce papier.

On dit qu’il y a autant de papiers japonais que de papetiers ?

Le papier japonais est un papier artisanal. Il est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et oui, chaque papetier fabrique des multiplicités de papiers. Il y a des milliers de variétés…

Les papiers japonais sont tous fabriqués à partir du même arbre ?

Non, il y a 3 arbres : le kôzo (le mûrier à papier), qui pousse particulièrement bien dans le sud de la France, et que nous cultivons au Moulin depuis 25 ans, le gampi et le mitsumata. Le mitsumata fait un papier beaucoup plus soyeux et brillant, mais les Japonais en font moins car c’est un arbre peu cultivé.

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