Bobst étudie une implantation industrielle outre-Atlantique

Sous pression sur ses marges, Bobst rouvre un dossier longtemps écarté : produire aux États-Unis. Entre incertitudes commerciales et effets de change, le fabricant suisse d'équipements d'emballage ajuste sa stratégie industrielle sur son premier marché.

Bobst reconsidère son organisation industrielle. Le constructeur suisse spécialisé dans les équipements pour l'emballage étudie la création d'une usine aux États-Unis, une option jusqu'ici écartée. Cette réflexion intervient alors que les marges sont affectées par plusieurs facteurs.

Le marché américain, un marché stratégique pour Bobst

Droits de douane, fluctuations du dollar et incertitudes géopolitiques pèsent sur l'activité du groupe qui a réalisé un chiffre d'affaires de 1 622 millions de francs suisses en 2025 (1 761 millions d'euros) et emploie 6 300 salariés. Attilio Tissi, directeur financier sortant, a indiqué à l'agence de presse économique et financière de Suisse AWP, que produire en zone dollar permettrait de limiter l'exposition aux variations de change et de compenser une partie de l'érosion des marges, les États-Unis étant le premier marché du groupe en valeur absolue, devant l'Europe.

Droits de douane et incertitudes plombent les prises de commandes

Bobst traverse en effet une phase de ralentissement que la direction qualifie de conjoncturelle. La pandémie avait stimulé le commerce en ligne et les investissements chez les transformateurs d'emballages, générant depuis des surcapacités.

Avec les frais de douane de 15 % à partir d'aout 2025 pour les produits européens et des droits de douane sur l'acier et l'aluminium de 50 % en février, les prises de commandes de machines ont chuté de plus de 70 % au deuxième trimestre aux États-Unis.

"La situation s'est encore détériorée le 1er août 2025, lorsque les droits de douane sur certains produits suisses – notamment les machines industrielles et les équipements de production, qui constituent le cœur de nos exportations vers les États-Unis – ont été portés à 39 %" indique le groupe dans son rapport financier annuel. "L'hésitation des investisseurs a persisté jusqu'à la mi-novembre, date à laquelle le conseiller fédéral Guy Parmelin a annoncé une réduction provisoire des droits de douane à 15 %." 

Mais paradoxalement, l'invalidation de ces droits de douane par la Cour suprême américaine en février pénalise le groupe suisse. "Nos clients avaient tout juste accepté que ces 15 % étaient la nouvelle norme, explique le directeur financier. Il est aujourd'hui plus difficile pour nous de justifier ce surcoût, alors que la question n'est pas encore définitivement tranchée."

Production aux États-Unis, une option relancée

L'implantation d'une usine sur le territoire américain permettrait de remédier à cette situation. Le DAF précise que la décision n'est pas arrêtée et devrait être prise d'ici l'été. Bobst y a déjà initié une présence industrielle avec une activité de réassemblage de machines. Le groupe analyse désormais les avantages et les risques, notamment le coût et la disponibilité de la main-d'œuvre, point qui avait jusqu'ici freiné toute implantation industrielle.

Le groupe anticipe toutefois une reprise progressive ces prochaines années, de l'ordre de 2 à 5 % par an en raison de la croissance démographique et l'essor de la classe moyenne, notamment en Asie.

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