La lecture résiste, mais perd du terrain sur plusieurs fronts. Le Centre national du livre (CNL), établissement public du ministère de la Culture, dévoile les résultats 2026 de son étude sur la lecture, menée avec Ipsos bva, auprès de 1 500 jeunes de 7 à 19 ans.
Premier constat : la pratique reste élevée en apparence. 84 % des jeunes lisent dans un cadre scolaire et 81 % pour leurs loisirs. Mais cette stabilité masque un décrochage net chez les plus âgés. Plus d'un tiers des 16-19 ans déclarent ne pas lire du tout ni pour l'école ni pour le travail.
Une pratique et une attention qui se fragmentent avec l'âge
Le recul est particulièrement marqué chez les adolescents et davantage chez les garçons.Jusqu'à 15 ans, la lecture pour l'école, les études ou le travail reste élevée, mais diminue fortement après.
La lecture loisir passe de 76 % chez les 13-15 ans à 56 % chez les 16-19 ans, avec un recul plus marqué chez les garçons que chez les filles, chez qui elle baisse nettement après 12 ans, mais retrouve une relative stabilité à partir de 16 ans.
En parallèle, l'attention se dégrade : 67 % des 16-19 ans déclarent faire autre chose en lisant, contre 21 % chez les 7-9 ans.
L'étude "fait également ressortir une diminution préoccupante du temps de lecture parmi des catégories inhabituelles que sont les 7/12 ans, les filles et les jeunes issus des catégories socioprofessionnelles favorisées".
Elle souligne aussi un niveau de compréhension plus faible chez les adolescents dans les ouvrages lus dans un cadre scolaire. Chez les 16-19 ans, seuls 54 % déclarent bien comprendre les ouvrages lus dans un cadre scolaire, contre 75 % chez les 7-12 ans.
18 minutes de lecture par jour contre 3 h d'écrans
Létude note aussi que le déséquilibre entre lecture et usages numériques se confirme. Les jeunes consacrent en moyenne 18 minutes par jour à la lecture loisir, contre 3 h aux écrans, hors livres numériques et audio (soit une baisse de 10 minutes par rapport à 2024). Ce temps dépasse cinq heures chez les 16-19 ans.
Les contenus consommés restent majoritairement des vidéos courtes, tandis que la lecture sur écran reste marginale. Les réseaux sociaux occupent une place centrale, avec une progression continue selon l'âge.
BD, mangas et romans en tête
Côté contenus, la bande dessinée, les mangas et les comics dominent toujours les lectures de loisir, malgré un léger recul. Les romans progressent, notamment les genres aventure, science-fiction et romance. La dark romance s'impose chez les lectrices de 16-19 ans.
Globalement, au cours des 3 derniers mois, les jeunes ont lu deux livres pour l'école, leurs études ou le travail. Seuls 23 % ont lu trois livres ou plus sur même cette période. Il y a 10 ans ils étaient 50 %.
Les choix de lecture orientés par la famille
Les recommandations familiales (44 %) en particulier maternelles, restent déterminantes, aux côtés de la couverture (42 %), du héros (41 %) et du résumé (41 %). Les adaptations audiovisuelles et les contenus en ligne influencent également les choix (28 %).
Mais aussi 28 % choisissent un livre après en avoir entendu parler sur internet et cela atteint 51 % pour les 16-19 ans.
La lecture partagée avec les parents demeure largement appréciée par tous les jeunes qui en ont bénéficié, mais sa fréquence diminue. Même avec les plus jeunes (7/12 ans), elle recule, un indicateur qui "inquiète particulièrement" le CNL. Parallèlement, la proportion de jeunes déclarant que leurs parents ne lisent pas augmente nettement depuis 2016. Et pour Régine Hatchondo, présidente du CNL,"ce recul de la transmission du goût de lire est un enjeu majeur pour le CNL, sur lequel nous devons agir collectivement."
Une concurrence d'activités accrue
Pour la première fois, la détente arrive en tête des motivations de lecture, devant le plaisir et le fait de chercher à s'occuper, en forte progression (+8 pts entre 2024 et 2022). Mais elle se heurte à une préférence marquée pour d'autres activités. Si le sport et les interactions sociales restent présents, les écrans dominent largement.
"Même quand ils sont en train de lire, les sollicitations permanentes des réseaux sociaux éloignent les jeunes de la lecture. Elles fragmentent leur attention et altèrent profondément leur capacité à se concentrer", déplore Régine Hatchondo.
"Il est de notre devoir commun de réaffirmer la place centrale de la lecture dans nos vies. Lire est un temps essentiel, un temps pour soi, qu'il faut absolument préserver. Notre étude 2026 révèle à ce sujet plusieurs indicateurs préoccupants."
Face à ces évolutions, le CNL met en avant ses actions de promotion du livre, comme le Quart d'heure de lecture national ou Partir en Livre, et appelle à renforcer les dispositifs existants.








