Fibre Excellence : les syndicats sur le pied de guerre face à la menace de liquidation

Les syndicats de Fibre Excellence multiplient les rendez-vous avec l'État et les élus locaux pour sauver de la liquidation judiciaire le groupe papetier. Bois, électricité et quotas CO2 concentrent l'essentiel des discussions.

La rumeur de fermeture ne circule plus à bas bruit. À Saint-Gaudens en Haute-Garonne, comme à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône, les représentants du personnel du groupe Fibre Excellence décrivent une fenêtre de tir étroite. Selon l'intersyndicale CGT, FO et CFDT, le fabricant de pâte à papier pourrait être liquidé au 31 mars, voire dès la mi-février si aucun engagement n'est sécurisé.

Sur le terrain, l'inquiétude dépasse les effectifs des sites. La papeterie de Saint-Gaudens qui produit pâte du kraft blanchie compte 270 salariés, auxquels s'ajoutent 80 emplois de Fibre Excellence SEBSO, entité de la filière bois du groupe. Sur le site de production de papier UKP pde Tarascon, à Fibre Excellence Provence 250 personnes travaillent. Les organisations syndicales avancent aussi un ordre de grandeur d'environ 10 000 emplois "tous emplois confondus" liés aux deux usines.

Bois et électricité, deux postes sous tension

Cette situation sociale est liée à principalement quatre paramètres qui pèsent aujourd'hui fortement sur les comptes.
En trois ans, le prix du bois a augmenté de 50 %, alertait l'intersyndicale en décembre dernier. "Cette situation met aujourd'hui en grande difficulté les sites industriels du groupe Fibre Excellence".
Le groupe évoquait aussi, dans un communiqué en fin d'année, une demande de pâte qui a chuté de plus de 20 % depuis six mois, tandis que l'offre reste excédentaire, notamment sur les pâtes feuillus et résineux, entraînant une baisse des volumes vendus et des prix.

À cela s'ajoute un tarif de revente de l'électricité que produit Fibre Excellence Saint-Gaudens bien trop faible par rapport au coût de la biomasse, selon la direction, "ce qui réduit la rentabilité malgré la production d'énergie renouvelable". Et la parité euro/dollar est défavorable.

Cette fragilité financière récente se lit aussi dans l'historique d'activité. Le site de Saint-Gaudens et le site de Tarascon ont connu des semaines d'arrêt ou d'activité partielle ces derniers mois.

Le CIRI mobilisé, des pistes ouvertes sur le bois et la trésorerie

À Bercy, l'intersyndicale indique avoir obtenu du Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) une mobilisation des services de l'État autour de mesures de trésorerie. Sont cités un soutien immédiat, la validation de reports de cotisations sociales et fiscales et une accélération des remboursements de crédits de TVA.
Une médiation avec les créanciers est également mentionnée, avec la limite assumée d'une absence de prise directe sur les fournisseurs privés.

Sur le bois, les syndicats évoquent des échanges engagés avec le ministère de l'Agriculture et l'ONF pour travailler des contrats d'approvisionnement à des niveaux compatibles avec l'exploitation industrielle.

Quotas CO2 et contrat électrique, arbitrages attendus

L'intersyndicale met aussi en avant un sujet plus technique : la réglementation environnementale sur les quotas CO2, qui "pénalise paradoxalement les efforts de décarbonations". Elle recherche des leviers pour corriger des "effets de bord" de la réglementation européenne.

Côté électricité, les syndicats comptent modifier, avec la DGEC, les paramètres contractuels sans passer par un texte législatif. Ils souhaitent aussi, avec EDF, "améliorer l'équation financière à moyen terme" comme une sortie du CRE 5, une revalorisation du tarif, voire un contrat de gré à gré.

Les représentants du personnel ont également rencontré la sous-préfète d'Arles et la DREETS, ainsi que des élus locaux, qui leur ont témoigné de leurs soutiens.
Un prochain rendez-vous à Bercy est annoncé au 11 février 2026.

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