Dossier / Mythe 1 : Le papier détruit il vraiment les forêts ? Les données qui bousculent les idées reçues

« Sauvez un arbre, n'imprimez pas ce document. » Ce message a durablement façonné la perception du papier. Mais entre déforestation, gestion forestière, recyclage et certifications, la réalité est plus complexe. D'où proviennent réellement les fibres papetières ? Le papier contribue t il à la disparition des forêts ou participe t il à leur gestion ? Analyse d'une idée reçue qui continue d'influencer les choix des donneurs d'ordres.

Pourquoi le papier est il encore associé à la déforestation ?

L'image d'un arbre abattu pour fabriquer quelques feuilles de papier reste profondément ancrée dans l'imaginaire collectif. Cette perception s'est renforcée dans les années 1990 avec l'apparition des campagnes en faveur du «bureau sans papier», qui présentaient la dématérialisation comme une réponse naturelle aux enjeux environnementaux.

Dans le même temps, les médias diffusaient des images de déforestation en Amazonie, en Afrique centrale ou en Asie du Sud Est. Le raccourci était facile : moins de papier signifierait davantage de forêts préservées.

Pourtant, les principales études de la FAO montrent que les causes de la déforestation mondiale sont avant tout liées à la conversion des terres vers l'agriculture, l'élevage ou certaines cultures commerciales. La production européenne de papier repose principalement sur des forêts gérées, très éloignées de ces modèles d'exploitation.

Cette distinction est rarement expliquée au grand public, alors qu'elle conditionne toute l'analyse environnementale de la filière.

D'où proviennent réellement les fibres utilisées pour fabriquer le papier ?

Contrairement à une idée répandue, les papeteries ne transforment pas exclusivement des arbres coupés pour fabriquer du papier.

Une partie importante des fibres provient des sous produits de l'industrie du bois. Les copeaux, les délignures et les chutes générés par les scieries constituent une matière première recherchée par les fabricants de pâte à papier. La CEPI (Confederation of European Paper Industries) indique qu'en Europe, environ 36 % des matières premières utilisées par l'industrie papetière proviennent directement des scieries, sous forme de copeaux, plaquettes et sciures.

Les bois issus des éclaircies forestières alimentent également cette filière. Ces opérations consistent à retirer certains arbres afin de favoriser la croissance des peuplements restants et d'améliorer leur résistance aux maladies ou aux épisodes climatiques.

La gestion forestière moderne repose sur un équilibre économique. Les revenus issus de la vente du bois destiné aux différentes industries contribuent au financement des plantations, des travaux sylvicoles et du renouvellement des peuplements. Sans débouchés économiques, maintenir une forêt représente un coût qui peut inciter certains propriétaires à changer l'usage de leurs terrains.

Les marques FSC et PEFC apportent une garantie supplémentaire. Elles imposent des exigences relatives à la biodiversité, à la préservation des sols, à la traçabilité des bois et aux conditions sociales. Elles ne garantissent pas qu'aucun arbre ne soit coupé, mais que les prélèvements s'inscrivent dans une gestion durable de la ressource.

Le recyclage constitue un autre pilier de la filière papetière. En Europe, le papier figure parmi les matériaux les plus recyclés, avec un taux de recyclage qui dépasse 79 %, selon la Confédération européenne des industries papetières (CEPI).

Pourquoi le papier recyclé ne remplace pas totalement les fibres vierges ?

Le papier recyclé est souvent présenté comme la solution idéale. La réalité industrielle est plus nuancée.

Les fibres récupérées sont triées, défibrées, nettoyées et, selon les applications, désencrées avant d'être réintroduites dans la fabrication de nouveaux papiers. Ce procédé permet de réduire le recours aux fibres vierges, mais ne les supprime pas. À chaque cycle, les fibres de cellulose perdent en longueur et en résistance. Après cinq à sept recyclages, elles ne possèdent plus les propriétés mécaniques nécessaires pour fabriquer un nouveau papier. L'industrie doit donc intégrer en permanence des fibres vierges issues de forêts gérées durablement afin de maintenir la qualité des produits et d'assurer la pérennité de la boucle de recyclage.

Le recyclage nécessite donc un apport permanent de fibres vierges, elles représentent environ 59 % des matières premières utilisées par l'industrie papetière européenne, les 41 % restants provenant de fibres vierges nécessaires au renouvellement du cycle (CEPI Key Statistics 2024). Ces fibres assurent la solidité des papiers tout en maintenant le fonctionnement de l'économie circulaire. Opposer systématiquement papier recyclé et papier vierge n'a donc pas de sens. Les deux matières sont complémentaires.

Comment mesurer réellement l'impact environnemental d'un imprimé ?

Évaluer l'impact environnemental d'un imprimé suppose d'aller bien au delà de la seule consommation de papier.

Les analyses du cycle de vie prennent en compte l'ensemble des étapes : production forestière, fabrication de la pâte, transformation du papier, impression, transport, utilisation, recyclage et valorisation en fin de vie.

Affirmer qu'un support est plus écologique qu'un autre sans analyse du cycle de vie revient à comparer deux véhicules uniquement sur leur consommation de carburant, sans tenir compte de leur fabrication, de leur entretien, de leur durée d'utilisation ou de leur fin de vie. Cette approche conduit souvent à des conclusions erronées.

Comparer un catalogue imprimé à une campagne numérique nécessite donc de définir précisément les usages étudiés et les frontières de l'analyse. Les spécialistes de l'analyse du cycle de vie rappellent qu'il n'existe pas de réponse universelle applicable à toutes les situations.

Une réglementation qui évolue rapidement

Les exigences environnementales de la filière papier continuent de se renforcer.

L'Union européenne met progressivement en œuvre le règlement EUDR destiné à lutter contre les produits associés à la déforestation. Les opérateurs devront démontrer que les matières premières commercialisées sur le marché européen ne proviennent pas de zones déboisées après la date de référence fixée par le règlement.

Parallèlement, les fabricants investissent dans la réduction des consommations d'eau, l'amélioration de l'efficacité énergétique, l'utilisation d'énergies renouvelables et le développement de fibres alternatives lorsque cela est pertinent.

Les imprimeurs s'appuient également sur des démarches environnementales comme Imprim'Vert ou la certification ISO 14001 pour structurer leurs engagements.

Que doivent retenir les acheteurs d'imprimés ?

La première question ne devrait plus être de savoir si le papier détruit les forêts, mais dans quelles conditions il a été produit.

Un papier certifié, fabriqué à partir de fibres issues d'une gestion durable et intégré dans une filière de recyclage présente un profil environnemental très différent d'un produit dont l'origine reste inconnue.

Les choix de grammage, de format, de procédé d'impression, de logistique et de fin de vie influencent également le bilan global d'un imprimé.

Pour les donneurs d'ordres, la démarche la plus pertinente consiste à raisonner sur l'ensemble du cycle de vie du support plutôt qu'à opposer systématiquement papier et numérique.

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