L'ex-otage des Kouachi, un imprimeur sans imprimerie

Depuis le passage des deux auteurs de l'attentat terroriste contre le journal Charlie Hebdo, Michel Catalano se bat pour se reconstruire et redémarrer son imprimerie.

Le 9 janvier au matin, les frères Kouachi recherchés par toutes les forces de police de France entrent dans l'imprimerie CTD située à Dammartin-en-Goële en Seine-et-Marne.

Michel Catalano, le propriétaire de l'entreprise, se retrouve, bien malgrè lui, à servir du café et à soigner ces deux individus qui viennent de tuer douze personnes. Gardant son calme, il parvient néanmoins à avertir du danger l'un de ses employés qui réussit à se cacher dans les locaux. Il sort du bâtiment après une heure et demie passée en leur compagnie.

Les deux terroristes sont abattus par le GIGN et l'employé est délivré de sa cachette en fin de journée. Quant à l'imprimerie elle-même, le bâtiment et les machines sont très endommagés par ces événements.

Depuis, l'imprimeur se retrouve dans une situation compliquée et doit se battre sur plusieurs fronts. Très affecté par cet épisode, le chef d'entreprise, tout en essayant de répondre au mieux aux diverses sollicitations médiatiques et aux belles marques de soutien qu'on lui témoigne, est acculé par les nombreuses démarches à effectuer auprès de l'administration et des assurances.

Mais Michel Catalano ne se laisse pas décourager car il a un objectif précis : remettre d'aplomb l'entreprise qu'il a créée.

Aujourd'hui, sans atelier ni machine, l'imprimerie CTD est seulement constituée de trois bureaux et d'un espace de stockage de 60 m2 à Dammartin. Un hébergement de fortune pour un imprimeur.

″Ça me permet de ne pas être obligé de recevoir les assureurs et mes clients à l'extérieur ou dans un café !″ explique Michel Catalano, positif.

Grâce à ces locaux (prêtés gratuitement par l'entreprise Jacob), il a pu reprendre son activité.

Et depuis un mois, certains de ses salariés, en accident de travail depuis le 9 janvier, ont pu reprendre le travail, son chef d'atelier, sa femme et un nouveau graphiste. Lilian Lepers, le graphiste qui a dû rester caché dans le bâtiment tout le temps du siège des terroristes, est, lui, encore trop touché par les événements.

Mais le directeur précise : "Pour l'instant, je n'ai pas vraiment repris mon activité : je reprends des commandes. J'ai des accords de partenariats avec d'autres imprimeurs, d'autres personnes qui font de la signalétique. Je fais de la sous-traitance avec des confrères en fait."

En sous-traitance, le travail est pour l'instant assez lourd à gérer. CTD propose une gamme très vaste de produits et Michel Catalano a dû faire appel à plusieurs collègues de la région pour répondre à ses clients. Ses employés et lui courent donc aux quatre coins de la commune pour récupérer les commandes afin de les livrer.

"Ce ne sont pas des conditions idéales, mais j'en suis très content : ça me permet de rester en contact avec ma clientèle. Et dans un premier temps, c'est surtout ça qui m'importe."

Il a aussi réussi à obtenir de ses assureurs que la différence de marge passe en perte d'exploitation. Ainsi malgré cette sous-traitance, ses prix de vente n'ont pas augmenté.

Et parallèlement à ces commandes, le chef d'entreprise continue à faire les démarches notamment auprès des assurances, une charge plus lourde qu'il n'y parait. "C'est un travail très long. Par exemple, il faut noter tout le matériel que j'avais dans mon atelier : le cutter, le compte-fils, la perceuse, etc. La liste de tout ça représente déjà un grand nombre de pages..." 
C'est aussi une étape importante, car l'assurance détermine une grande partie du processus de redémarrage.

D'ailleurs, les assurances prenant en charge pour quelques mois la location d'un atelier, Michel Catalano attend avec impatience de pouvoir emménager dans ce local afin de remettre des machines. Il pourra ainsi se tenir prêt à se réinstaller définitivement dans les locaux reconstruits de son imprimerie.

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