Pascal Perez, spécialisé dans la reconversion et le développement local d'entreprises, nous fait part de son point de vue sur la vente et le devenir de la papeterie Condat. Située au Lardin-Saint-Lazare, en Dordogne, l'usine de glassine du groupe espagnol Lecta est en vente depuis octobre 2025.
Pendant plusieurs années, Pascal Perez est intervenu comme consultant en affaires publiques sur les questions d'énergie pour Condat.
"Condat : au revoir les financiers, bienvenue aux actionnaires passionnés d'industries.
Des financiers de premier plan, CVC Capital Partners, Tikehau, Apollo, Bain Capital, BC Capital et d'autres, moins connus, paraissent échouer dans le secteur des papiers de spécialités, comme les étiquettes. Fedrigoni a perdu la moitié de sa dernière valorisation. Et Lecta vaut aujourd'hui moins que ses dettes.
L'avenir incertain de Condat en 2026 est révélateur d'une transition : exit les financiers, bienvenue aux industriels.
Depuis sa reprise à Saint-Gobain en 1998, la papeterie Condat, située entre Périgueux et Brive-la-Gaillarde, n'a pour actionnaire que des financiers.
CVC Capital Partners a été l'actionnaire de référence de 1998 à 2020. Mais CVC a été dilué, quand Lecta n'a pu faire face à une échéance obligataire. Depuis 2020, Condat est la propriété de Tikehau (qui gère 50 milliards d'euros) et d'Apollo (840 milliards de dollars), suite à la conversion des obligations en actions.
Il faut reconnaître à CVC Capital Partners le grand mérite de faire survivre Condat : des cinq producteurs de papier couché en France, seul Condat subsiste.
Mais aujourd'hui la papeterie Condat est à vendre. Et elle intéresse des industriels indépendants qui ressuscitent les restes des grandes usines d'une part et des papetiers d'autre part.
Cependant, la viabilité de Condat pour un industriel indépendant suppose d'une part d'effacer des dettes, et d'autre part, d'aligner un ticket de 15 millions d'euros, pour financer un probable plan social et couvrir les risques environnementaux d'un site de 120 ans.
Le papetier chinois du Hénan, Xianhe, peut voir en Condat, dans l'écosystème bois-papier d'Aquitaine, une pépite d'avenir pour produire des papiers innovants vendus dans toute l'Europe.
Qui va payer ?
Le dogmatisme aveugle écologique des gouvernements depuis 2013, date de la fin de l'obligation d'achats de l'électricité par EDF, a contraint Condat à changer de chaudière à vapeur. Cela n'apporte rien à la production de papier et ce diktat a affaibli Condat. La priorité vitale exigeait de mobiliser toutes les ressources sur l'innovation produit.
Avec 50 millions d'euros dépensés en vain, dont la subvention de l'Ademe, dans la chaudière neuve, Condat aurait pu diversifier davantage sa production de papier. Elle serait rentable comme des usines de taille comparable dans les papiers de cuisson, par exemple.
Il serait sain que Kyotherm du fonds Infravia, qui a financé la nouvelle et inutile chaudière de Condat, perde sa créance de 35 millions d'euros.
Il serait juste que la Région Nouvelle-Aquitaine transforme sa créance de 5,5 millions en actions. Pour rappel, la région a modernisé Condat en prêtant 19 millions d'euros, les yeux fermés en 2020.
Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, est un financier libéral. La Délégation aux restructurations industrielles (DIRE) laisse faire la nature tant qu'il n'y a pas de révolte populaire.
Or, le ministère de l'Économie peut menacer Tikehau et d'Apollo afin qu'ils réussissent la poursuite de l'activité papetière. Tikehau et Apollo ont besoin d'accords ou d'appréciations favorables de Bercy pour faire leur shopping d'entreprises en France. Tikehau et Apollo jouent à Condat leurs images de fonds responsables au plan social et environnemental.
J'ai bon espoir que la phase de désindustrialisation, sous l'égide des financiers encensés par des fonctionnaires béats, s'achève. Et bienvenue à la reconstruction portée par des dirigeants français ou chinois épris d'industries.
Pourquoi l'Agence des participations de l'État n'est-elle pas proactive dans ce dossier industriel ? Les élus n'ont-ils pas eu raison de proposer en 2023 la renationalisation temporaire de Condat. Ils avaient raison de douter de Lecta et de croire en des candidatures d'industriels.
Mais à ce jour Condat peut tout à fait disparaître. De quoi dépend l'avenir des familles, du territoire, de la cohésion sociale, de l'environnement de Dordogne ? De la pression de tous pour obtenir que des actionnaires financiers qui ont failli soient dignes."












