Réaction de Claude Jacquemin face au rachat d'Exaprint

Nous avons demandé aux acteurs du secteur des arts graphiques ce qu'ils pensaient du rachat début mars d'Exaprint...

Claude Jacquemin, directeur général des imprimeries du groupe Prenant, ancien directeur général de la Compagnie Française d'Impression (CFI) et ancien directeur général des Papeteries Maunoury, a accepté de nous donner son point de vue sur le rachat du Français Exaprint, par l'Américain Vistaprint, leader mondial de l'impression en ligne...

"C'est une superbe affaire qui a été vendue à un prix complètement fantasmagorique.

C'est plus le propre de sociétés informatiques ou de start-up que de se vendre avec ce genre de multiples, que des imprimeurs qui sont des passionnés du métier et qui eux, n'auront jamais réussi à réaliser leur actif, leur expérience et leur métier dans des conditions de profitabilité de cette nature. 

Exaprint a réussi à se développer dans le web to print mais ce n'est pas tout à fait le web to print : c'est plutôt le "web to printer" c'est-à-dire auprès des imprimeurs.

C'est très bizarre parce que les imprimeurs ne vont pas très bien et pour autant en globalisant les commandes que les imprimeurs ne voulaient pas servir – parce que trop petites ou trop particulières à traiter – il a réussi ce tour de force d’amalgamer des demandes et faire des prix assez intéressants.

Or les imprimeurs sont un peu en voie de disparition. Ils ont fait le gros de leur activité au moment où il y avait pas mal d'imprimeurs et pas mal de commandes qui ne pouvaient pas être servies de façon optimale par chacun de ces imprimeurs. (...)

Pour moi, Exaprint a pris tout ce qui avait de bon dans ce type d'activité.

Et maintenant il faut essayer de trouver le relais avec le grand public ou avec les PME pour traiter en direct cette même logique d'amalgames et de massification de demandes de print. Et là des sites qui sont dédiés au web to print pour les entreprises, il y a en a plein.

Mais leur niveau de rentabilité n'a rien à voir ! Autant les imprimeurs étaient canalisateurs de flux et savaient ce dont ils parlaient – donc c’était facile de faire de la massification à partir d'un dossier qui avait déjà été filtré par des gens compétents dans le métier, autant faire cette même chose à partir de personnes qui n'y connaissent rien, c'est s'exposer à des difficultés d'interprétation et de compréhension.

C'est un bon modèle, mais ça va mettre beaucoup beaucoup de temps à être du même niveau d'efficacité économique que ce qui a été fait avec Exaprint.(...)

Un investisseur qui met de l'argent espère en avoir un certain retour.
Mais autant le retour est fabuleux par rapport aux capitaux qui ont été investis à l'origine chez Exaprint – c'est-à-dire très faible puisque c’était simplement une plate-forme d'intermédiation – autant là, quand vous voyez les sommes qui sont annoncées... si vous vous dites qu'il faut une rentabilité sur capitaux liés à la transaction qui doit être, disons, au minimum de 10 %, il faut vraiment que le modèle soit vertueux.

Et je serais très surpris que ce qui a fait le succès et les remarquables résultats d'Exaprint puissent se pérenniser durablement."

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